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Notions de géographie canadienne et répartition des papillons diurnes au Canada

Avec une superficie de 9 922 335 kilomètres carrés (ou presque 4 millions de milles carrés), le Canada est le deuxième plus grand pays au monde. D'est en ouest, plus de 5 000 kilomètres séparent la ville de St. John's, à Terre-Neuve, de Victoria, sur l'île de Vancouver. Dans l'axe nord-sud, plus de 4 600 kilomètres s'étendent entre le haut de l'île Ellesmere, dans l'Arctique, et la pointe Pelée, dans le sud de l'Ontario. La majeure partie de ce vaste territoire est cependant très peu peuplée, la majorité des quelque 30 millions canadiens vivant concentrés le long du lac Ontario et de la vallée du Saint-Laurent, dans une étroite bande représentant moins de 1 % de la superficie terrestre du Canada.

Au plan politique, le Canada était jusqu'à tout récemment subdivisé en dix provinces, occupant la moitié méridionale du Canada, et deux territoires, plus au nord. D'est en ouest, les provinces, qui n'ont pas changé, sont Terre-Neuve (incluant le Labrador), la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick, le Québec, l'Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l'Alberta et la Colombie-Britannique. Pour ce qui est des territoires, le Yukon a été conservé tel quel, mais, le 1er avril 1999, les Territoires du Nord-Ouest ont été subdivisés pour constituer avec la moitié est de leur partie continentale et la plupart des îles de l'Arctique un troisième territoire : le Nunavut.

Le paysage canadien est dominé par deux biomes. La forêt boréale, ou taïga, s'étend depuis Terre-Neuve, la limite nord des Prairies et les contreforts des Rocheuses jusqu'à la limite des arbres au nord, et couvre 50 % de la masse continentale du Canada, ou 5,0 millions de kilomètres carrés. La toundra occupe la portion septentrionale du Canada au nord de la limite forestière et couvre 25 % de la masse continentale du pays, ou 2,5 millions de kilomètres carrés. Ces deux biomes sont les deux portions les moins densément peuplées du Canada et sont très peu accessibles par voie terrestre. L'étude des papillons diurnes y est par conséquent difficile, et la dispersion des points sur les cartes témoigne du faible nombre de données provenant de ces régions.

Les habitats naturels des plantes et des animaux du Canada sont habituellement classés dans cinq biomes : la toundra, la forêt boréale (ou taïga), la cordillère, les prairies et les forêts mixtes et décidues.

Pour de plus amples renseignements, veuillez voir Écozones terrestres du Canada sur le site web d'Environnement Canada.

TOUNDRA

Près de Holman, île Victoria, T.N.-O. J.T. TroubridgeBernard Harbour, Nun. J.T. Troubridge
Près de Holman, île Victoria, T.N.-O. J.T. TroubridgeBernard Harbour, Nun. J.T. Troubridge

Les papillons diurnes de la zone de la toundra atteignent leur diversité maximale dans le nord du Yukon et l'ouest des Territoires du Nord-Ouest. Le nombre d'espèces diminue rapidement vers le nord dans les îles arctiques, vers l'est dans tout le nord du Canada et vers le sud, dans les milieux alpins des montagnes de l'Alberta et de la Colombie-Britannique. Quarante-quatre espèces ont été répertoriées dans la zone de la toundra. Trente-deux d'entre elles sont essentiellement des espèces de toundra. Parmi les 32 espèces adaptées à la toundra présentes dans le nord du Yukon, 16 s'observent jusque dans le sud de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, 11 atteignent le nord du Québec à l'est et six remontent vers le nord jusqu'à l'île d'Ellesmere. Cette répartition trouve son origine dans le fait que durant la dernière période glaciaire (glaciation wisconsinienne), la majeure partie du nord du Canada était recouverte de glace ou trop froide pour permettre à des papillons d'y vivre. La majorité des espèces adaptées à la toundra ont survécu à cette période glaciaire dans le refuge béringien, grande zone libre de glace couvrant le nord du Yukon, l'Alaska, la portion non submergée du lit de la mer de Béring et le nord-est de la Sibérie.

Après la déglaciation du Canada (survenue il y a entre 12 000 et 5 000 ans), ces espèces se sont dispersées vers le nord et l'est à des degrés de succès divers. Bon nombre des espèces qui vivaient dans des milieux de toundra dans les montagnes Rocheuses ont probablement survécu à la glaciation wisconsinienne dans de petits refuges montagnards. Les espèces les plus caractéristiques de la zone de la toundra sont le coliade orangé (Colias hecla), le coliade verdâtre (C. nastes), le boloria arctique (Boloria chariclea), le boloria polaire (B. polaris), le nordique alpin (Oeneis polixenes), le nordique mélissa (O. melissa) et le nordique à nervures blanches (O. bore).

FORÊT BORÉALE

Route de la baie James, Qc. R.A. LayberryPrès de Prince Albert, Sask. J.D. Lafontaine
Route de la baie James, Qc. R.A. LayberryPrès de Prince Albert, Sask. J.D. Lafontaine

La forêt boréale est le domaine de l'épinette, du peuplier, du sapin baumier, du pin gris et du bouleau à papier. Nombre des espèces de papillons diurnes qui y vivent se rencontrent dans la portion méridionale de la zone et sont en réalité des espèces des zones des forêts mixtes et décidues, des prairies et de la cordillère dont l'aire de répartition s'étend vers le nord jusqu'à la forêt boréale. Toutefois, contrairement à ce qu'on observe dans la zone de la toundra, la plupart des espèces caractéristiques de la zone boréale sont répandues dans toute la zone. Cette particularité tient au fait que ces espèces, comme les forêts elles-mêmes, ont réenvahi cette portion du Canada anciennement recouverte de glace à partir de régions situées plus au sud au cours des 8 derniers millénaires. En conséquence, la zone boréale ne présente pas de subdivisions importantes. Les différences fauniques observées d'une région à l'autre sont largement dictées par l'influence des biomes adjacents. Parmi les espèces caractéristiques de la zone boréale, mentionnons le papillon tigré du Canada (Papilio canadensis), le piéride des crucifères (Pieris oleracea), le coliade intérieur (Colias interior), l'alpin à ocelles rouges (Erebia mancinus), le nordique des tourbières (Oeneis jutta), l'argynne de l'Atlantique (Speyeria atlantis) et le boloria des tourbières (Boloria eunomia). L'aire de répartition de nombreuses espèces de la zone boréale empiète légèrement ou considérablement sur la zone de la cordillère, et certaines espèces, comme le polygone gracile (Polygonia gracilis), le bleu nordique (Lycaeides idas) et l'hespérie grisâtre (Pyrgus centaureae), sont représentées par des sous-espèces différentes dans chaque zone.

CORDILLÈRE

Col Dolomite, Parc national Banff, Alb. P.W. HallParc national Glacier, C.-B. J.D. Lafontaine
Col Dolomite, Parc national Banff, Alb. P.W. HallParc national Glacier, C.-B. J.D. Lafontaine

La cordillère est sans contredit la zone la plus complexe au Canada, et celle qui abrite le plus grand nombre d'espèces, 183 espèces y ayant été répertoriées à ce jour. Une série de chaînes de montagnes la traverse du nord au sud. Dans le sud de la Colombie-Britannique, ces chaînes sont, d'est en ouest, les Rocheuses, la chaîne Purcell, la chaîne Selkirk, la chaîne Monashee, les monts Cascades, la chaîne Côtière et la chaîne de l'île de Vancouver. Les Rocheuses et la chaîne Côtière se prolongent jusqu'au nord de la province, séparées l'une de l'autre dans le centre et le nord de la province par de nombreuses autres chaînes pratiquement inaccessibles par route. Chaque chaîne présente des forêts mésiques de pruche, d'épinette, de sapin et de thuya sur son versant ouest, des prés alpins en altitude et des forêts plus sèches de pin et de douglas sur son versant est, et est séparée de sa voisine par des vallées arides.

Ces milieux abritent des communautés de papillons diurnes passablement différentes. Les forêts pluviales de la côte du Pacifique sont en général trop humides et trop ennuagées pour abriter de nombreuses espèces de papillons diurnes. Les forêts conifériennes mésiques de la zone côtière et des régions situées plus à l'intérieur sont caractérisées par des espèces comme le Speyeria hydaspe, le Callophrys rosneri et le Parnassius clodius. Les espèces caractéristiques des forêts plus sèches sont le Papilio eurymedon, le Neophasia menapia, le Callophrys barryi, le C. spinetorum et le Limenitis lorquini. Les prés alpins abritent des espèces de toundra dont l'aire de répartition s'étend vers le sud jusque dans les montagnes, comme le coliade commun du nord (Colias pelidne skinneri) et le coliade verdâtre (C. nastes streckeri), de même que des espèces alpines de la cordillère, comme le C. meadii, le Boloria alberta et le Lycaena cuprea. Une douzaines d'espèces et plus de papillons diurnes au Canada sont confinées aux vallées sèches de l'intérieur de la Colombie-Britannique. Il s'agit d'espèces du Grand Bassin de l'ouest des États-Unis qui remontent jusqu'au Canada principalement par la vallée de l'Okanagan mais aussi, dans une moindre mesure, par les vallées de la Similkameen et du Columbia et la région de Kamloops. Certaines espèces font partie de cette catégorie, dont le Pontia beckerii, l'Euchloe lotta, le Lycaena nivalis, le Satyrium behrii, le Callophrys affinis, le Phyciodes pallidus, le Cercyonis sthenele et l'Hesperia juba. Seulement quelques espèces sont répandues dans toute la zone. Parmi celles-ci, mentionnons le Pontia sisymbrii, l'Euchloe creusa, le Lycaena mariposa, le Boloria epithore et le Phyciodes pratensis. D'autres espèces sont extrêmement rares et localisées. C'est le cas du Papilio indra, du Chlosyne hoffmanni et du Polites sonora, que l'on rencontre au Canada seulement dans les monts Cascades, près du parc provincial Manning. Enfin, quelques espèces sont confinées au Canada à l'île de Vancouver et à quelques petites zones continentales adjacentes. Ces espèces sont le Colias occidentalis, le Callophrys johnsoni, l'Oeneis nevadensiset l'Erynnis propertius.

Au-delà de la rivière Firth, Monts British, Yn. J.D. LafontaineCol Windy, Route Dempster, km 155, Yn. J.D. Lafontaine
Au-delà de la rivière Firth, Monts British, Yn. J.D. LafontaineCol Windy, Route Dempster, km 155, Yn. J.D. Lafontaine

La portion nord de la zone de la cordillère, au Yukon et dans l'ouest des Territoires du Nord-Ouest, est traversée par sept chaînes de montagnes. Parmi celles-ci, les mieux connues, au plan de la diversité des papillons diurnes, sont les monts Ogilvie, au nord de Dawson, dont de nombreux milieux sont accessibles par la route Dempster. On dispose également de bonnes données sur les papillons diurnes de certains secteurs des monts St. Elias (principalement le parc national Kluane), Richardson et British. Dans bon nombre de ces chaînes nordiques, on retrouve des milieux de toundra étendus à moyenne et haute altitude, des steppes sèches ressemblant à des prairies sur certains versants sud et escarpements riverains, et des milieux de type boréal dans les vallées. Sept des 87 espèces de papillons diurnes du Yukon ne se rencontrent pas en Colombie-Britannique. La diversité des papillons diurnes dans le nord de la zone de la cordillère est examinée plus loin sous Répartition des papillons diurnes durant les périodes glaciaire et post-glaciaire.

PRAIRIES

Près de Medicine Hat, Alb. J.D. LafontainePrès d'Osoyoos, sud de la vallée de l'Okanagan, C.-B. P.W. Hall
Près de Medicine Hat, Alb. J.D. LafontainePrès d'Osoyoos, sud de la vallée de l'Okanagan, C.-B. P.W. Hall

La zone des prairies englobe la prairie à graminées courtes, habitat dominant dans le sud de l'Alberta, le sud de la Saskatchewan et le sud-ouest du Manitoba, et la prairie à grandes graminées, dans le sud-est du Manitoba. Au nord de ces régions se trouvent une vaste zone de prairie mixte, et plus au nord encore, la tremblaie-parc, zone de mélange consacrant la transition entre les prairies et la zone boréale. La tremblaie-parc est caractérisée par un habitat de type prairie sur le sommet des collines et les pentes exposées au sud, et par des peuplements de tremble et d'épinette dans les vallées et les pentes exposées au nord. C'est également dans la zone des prairies qu'on trouve les bad-lands, zones de forte érosion à couverture végétale clairsemée généralement situées le long des vallées fluviales.

Certaines espèces de papillons diurnes, dont le Lycaena dione, le Chlosyne gorgone, l'Oeneis alberta, l'Oarisma garita et l'Hesperia assiniboia, sont largement répandues dans la zone des prairies. D'autres, comme le Speyeria edwardsii, le Chlosyne acastus, le Neominois ridingsii, l'Hesperia uncas et l'Erynnis afranius, se rencontrent principalement dans la prairie à graminées courtes et la prairie mixte. Quelques espèces extrêmement rares, à savoir le Papilio multicaudatus, l'Icaricia acmon, le Glaucopsyche piasus et l'Apodemia mormo, fréquentent les milieux arides dans les prairies et les vallées sèches de l'intérieur sud de la Colombie-Britannique. Cinq hespéries de la zone des prairies sont extrêmement rares au Canada et ont été récoltées à quelques reprises seulement. Ces espèces sont le Pyrgus scriptura, l'Hesperia pahaska, le Polites rhesus, l'Amblyscirtes oslari et l'A. simius. Trois autre hespéries sont caractéristiques de la prairie à grandes graminées et se rencontrent au Canada uniquement dans le sud du Manitoba, où elles forment des populations extrêmement localisées. Ces espèces sont l'Oarisma powesheik, l'Hesperia ottoe et l'H. dacotae.

FORÊTS MIXTES ET DÉCIDUES

Parc de la Gatineau, Qc. P.W. HallKanata, Ont. J.D. Lafontaine
Parc de la Gatineau, Qc. P.W. HallKanata, Ont. J.D. Lafontaine

Cette zone, caractérisée principalement par le hêtre, l'érable, le chêne, le pin rouge et le pin blanc, occupe le sud de l'Ontario et du Québec, au sud du Bouclier canadien, de même que le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard et une zone restreinte dans l'extrême ouest de l'Ontario et du sud du Manitoba. Au total, 144 espèces de papillons diurnes y ont été répertoriées, et 54 y sont pratiquement confinées au Canada. Cette zone peut être subdivisée en trois parties : la sous-zone Maritime de l'Atlantique, dans les provinces Maritimes, la sous-zone des Grands Lacs et du Saint-Laurent, au Québec et dans l'est et le centre de l'Ontario, et la sous-zone carolinienne, dans le sud de l'Ontario. La zone des forêts mixtes et décidues est caractérisée par des espèces du sud qui ont étendu leur aire de répartition vers l'est du Canada à divers degrés. Ainsi, la totalité des 54 espèces caractéristiques de la zone se rencontrent dans la sous-zone carolinienne du sud de l'Ontario, 39 de celles-ci atteignent plus au nord la sous-zone des Grands Lacs et du Saint-Laurent, et 15 se rencontrent également dans les provinces Maritimes.

Réserve naturelle Fish Point, île Pelée, Ont. J. KamstraPrairie Verbeek, île Pelée, Ont. J. Kamstra
Réserve naturelle Fish Point, île Pelée, Ont. J. KamstraPrairie Verbeek, île Pelée, Ont. J. Kamstra

Les espèces caractéristiques de la sous-zone carolinienne incluent le grand porte-queue (Papilio cresphontes), le P. troilus, le Thorybes bathyllus, l'Erynnis brizo et l'Euphyes conspicua. Parmi les espèces qui se rencontrent à la fois dans la sous-zone carolinienne et la sous-zone des Grands Lacs et du Saint-Laurent, mentionnons le piéride de Virginie (Pieris virginiensis), le porte-queue du caryer (Satyrium caryaevorum), le porte-queue d'Edwards (S. edwardsii), le porte-queue du genévrier (Callophrys grynea), le satyre des Appalaches (Satyrodes appalachia) et l'hespérie indienne (Hesperia sassacus). Certaines espèces, comme le moissonneur (Feniseca tarquinius), le lutin des bleuets (Callophrys henrici), le damier de Harris (Chlosyne harrisii), le baltimore (Euphydryas phaeton), le polygone virgule (Polygonia comma), le satyre perlé (Enodia anthedon), le petit satyre des bois (Megisto cymela) et l'hespérie poivrée (Amblyscirtes hegon), se rencontrent dans toute la zone. La zone des forêts mixtes et décidues contient également des populations disjointes d'espèces caractéristiques d'autres zones, dont des espèces de prairie comme l'Oarisma garita et le Chlosyne gorgone dans les zones de prairie relique en Ontario, de même que des espèces de la zone boréale comme le coliade intérieur (Colias interior) et le cuivré des tourbières (Lycaena epixanthe), qui se rencontrent dans les tourbières aussi loin au sud que le sud de l'Ontario. Enfin, la zone des forêts mixtes et décidues est également caractérisée par une forte proportion d'espèces errantes et migratrices. Vingt-neuf des 33 espèces faisant partie de cette catégorie au Canada ont été répertoriées dans cette zone, et 19 n'ont été observées que dans cette zone.

ESPÈCES MIGRATRICES

Trente-cinq espèces de papillons diurnes répertoriées au Canada ne sont pas des espèces résidantes mais bien des migrateurs saisonniers ou errants qui nous arrivent du sud. Certaines, comme le monarque (Danaus plexippus), la belle dame (Vanessa cardui), le V. virginiensis, le vulcain (V. atalanta) et le polygone à queue violacée (Polygonia interrogationis), nous visitent en grands nombres tous les ans et se reproduisent au pays, la totalité ou une partie des individus de la dernière génération effectuant une migration inverse vers le sud à la fin de l'été et en automne. Six autres espèces, à savoir l'Eurytides marcellus, le piéride damier (Pontia protodice), le petit coliade (Eurema lisa), le Libytheana carinenta, le fritillaire panaché (Euptoieta claudia) et le papillon ocellé (Junonia coenia), migrent régulièrement au Canada mais s'y reproduisent seulement sporadiquement, en général dans le sud de l'Ontario. Les 24 autres espèces se reproduisent rarement sinon jamais au Canada, et la plupart n'y ont été observées qu'à quelques reprises.

RÉPARTITION DES PAPILLONS DIURNES DURANT LES PÉRIODES GLACIAIRE ET POST-GLACIAIRE

Il y a à peine 12 000 ans, la majeure partie du territoire du Canada était recouverte d'une épaisse couche de glace, conséquence de la plus récente période glaciaire. Cette période, appelée maximum glaciaire du Wisconsinien supérieur, s'est prolongée il y a environ 23 000 à 10 000 ans et a atteint son apogée il y a environ 18 000 ans. À l'époque, l'inlandsis laurentidien recouvrait la majeure partie du Canada depuis Terre-Neuve jusqu'aux contreforts des Rocheuses en Alberta, l'inlandsis innuitien, la majeure partie de l'Arctique canadien, et l'inlandsis de la Cordillère, la majeure partie de la Colombie-Britannique et le sud du Yukon. Durant cette période, un certain nombre de régions dispersées le long de la côte du Pacifique et dans les îles de l'Arctique sont demeurées libres de glace, mais les conditions y étaient probablement trop rigoureuses pour permettre l'établissement de populations de papillons diurnes, et rien n'indique que des populations y aient survécu.

Toutefois, quatre autres zones exemptes de glace (refuges) ont probablement abrité des populations de papillons diurnes durant cette période. La plus vaste et importante de ces quatre zones est le refuge béringien ou Béringie, vaste région qui occupait le nord du Yukon, l'Alaska, les portions non submergées du lit de la mer de Béring et de la mer Chukchi et le nord-est de la Sibérie. Durant cette période, de même que durant des périodes antérieures d'avancée des glaces, le refuge béringien ne faisait pas partie de la région nord-américaine par ses affinités mais était en réalité une péninsule asiatique qui s'étendait vers l'est. Aucun arbre ou pratiquement aucun arbre n'y poussait, et la toundra et la steppe sèche dominaient le paysage. Dans ce qui subsiste aujourd'hui du refuge béringien au Yukon et en Alaska, des restes fossiles de plantes et d'animaux caractéristiques de l'Asie peuvent être observés, mais on y trouve également d'importantes populations d'organismes, dont des papillons diurnes, qui présentent les mêmes affinités. Par exemple, l'Euchloe naina était considéré comme présent uniquement dans des chaînes de montagnes de la Sibérie jusqu'à la découverte récente d'une population dans les monts Ogilvie au Yukon. D'autres espèces, comme le Parnassius phoebus, l'Erebia disa, l'E. mackinleyensis, l'E. anyuica et l'Oeneis rosovi, rappellent l'existence de ce refuge en présentant des aires de répartition qui s'étendent jusqu'en Amérique du Nord depuis la Sibérie durant cette période non glaciaire. D'autres espèces, comme l'Erebia youngi et l'E. lafontainei, sont confinées à la portion nord-américaine de la Béringie, tandis que leurs plus proches parents, les E. dabanensis Erschoff et E. kozhantshikovi Sheljuzhko, respectivement, ne se rencontrent que dans la portion sibérienne de la Béringie. De nombreux papillons nocturnes présentent des distributions similaires, avec des espèces sibériennes et des espèces endémiques en Amérique du Nord confinées à la région du refuge béringien (Lafontaine et Wood, 1988).

Trois sources de données semblent confirmer l'hypothèse selon laquelle certaines espèces de papillons diurnes pourraient avoir survécu dans de petits refuges alpins campés dans les montagnes Rocheuses, au point de rencontre entre l'inlandsis laurentidien et l'inlandsis de la Cordillère. Des études géologiques ont révélé que certaines régions des Rocheuses sont demeurées exemptes de glace. Des populations reliques d'arthropodes aptères adaptés au froid comme les grylloblattes (Grylloblattidae), parents lointains des grillons et des blattes, vivent dans ces régions. Des populations isolées de papillons diurnes adaptés au froid, comme l'Erebia magdalena, s'y rencontrent également.

Les prairies du sud, y compris les collines du Cyprès, sur la frontière Saskatchewan-Alberta, pourraient également avoir servi de refuge à des populations de papillons diurnes durant la dernière période glaciaire. Cette région, toutefois, était directement en contact avec des régions exemptes de glace aux États-Unis, et on ne sait pas si les espèces inhabituelles de papillons diurnes qui s'y rencontrent aujourd'hui s'y trouvaient déjà à l'époque ou si elles sont arrivées du sud après la période glaciaire.

La quatrième région qui pourrait avoir abrité des populations de papillons diurnes se trouve le long de la côte Est. À l'époque, cette zone exempte de glace se trouvait probablement en bonne partie sur le plateau continental mais, à l'exception d'îles comme les Îles de la Madeleine et peut-être certaines îles continentales, elle se retrouve aujourd'hui submergée par l'océan Atlantique. Parmi les espèces végétales et animales endémiques de la côte Est dont la présence semble confirmer l'existence de ce refuge figurent trois espèces de papillons diurnes, à savoir le papillon queue-courte (Papilio brevicauda), le cuivré des marais salés (Lycaena dospassosi) et le satyre fauve des Maritimes (Coenonympha nipisiquit).

Le réchauffement planétaire et l'installation de conditions plus sèches ont mis un terme à la dernière période glaciaire. Des vestiges des colossales masses de glace laissées par la glaciation wisconsinienne peuvent être observés au Groenland et au Canada. Les calottes glaciaires Barnes et Penny dans l'île de Baffin, la calotte glaciaire Agassiz dans l'île d'Ellesmere et les glaciers dans les monts Saint Elias, dans le parc national Kluane, au Yukon, figurent parmi les plus importants vestiges de cette époque. À mesure que se poursuivaient la fonte et le retrait des glaces, il y a entre 15 000 et 7 000 ans, les communautés végétales et animales sont revenues au Canada, principalement à partir du sud. La plus grande de ces communautés est la forêt boréale, qui couvre aujourd'hui près de la moitié du pays. Elle occupe non seulement une large portion du territoire canadien anciennement recouvert de glace, mais aussi une bonne partie du refuge béringien au Yukon et en Alaska. Son avancée a forcé les espèces de papillons diurnes de la toundra et des steppes à retraiter vers des milieux plus hospitaliers dans les montagnes. L'arrivée et l'expansion relativement récentes de la forêt boréale au Canada expliquent pourquoi la majorité des espèces de papillons diurnes qui y vivent sont répandues dans toute la zone et y sont si peu différenciées géographiquement en sous-espèces distinctes. Les espèces qui ont survécu à la dernière période glaciaire dans le refuge béringien peuvent être classées dans deux groupes. Le premier réunit des espèces adaptées à la toundra tourbeuse qui se sont dispersées dans tout le nord canadien après la fonte des glaciers. Le deuxième comprend des espèces qui occupent des milieux spécialisés comme les pentes de steppes (p. ex. Oeneis uhleri cairnesi) ou les zones d'éboulis (p. ex. Erebia mackinleyensis) et qui se sont retrouvées isolées dans ces habitats au Yukon et en Alaska. Certaines espèces alpines se sont dispersées vers le sud en suivant les couloirs formés par les chaînes de montagnes de la Colombie-Britannique et de l'Alberta. La repopulation des zones de la cordillère, des prairies et des forêts décidues de l'est du Canada à partir du sud s'est soldée par une partition plus affirmée des aires de répartition selon les préférences liées aux habitats et aux zones climatiques.

La fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 9 000 à 6 000 ans, a été marquée par un réchauffement prononcé du climat. Cette période est appelée hypsithermal. Les conditions plus chaudes et plus sèches qui ont régné durant cette période ont favorisé l'expansion de la zone des prairies vers le nord en Alberta jusque dans la région de la rivière de la Paix, et vers l'est des Grandes Plaines jusque dans le nord-est des États-Unis et le sud de l'Ontario. Des vestiges de cette expansion s'observent encore de nos jours le long des rives de la rivière de la Paix, et dans l'est de l'Amérique du Nord, aux endroits où les forêts ne sont pas parvenues à déloger la prairie, principalement dans les zones de dunes et d'alvars où le substrat rocheux affleure trop la surface du sol pour permettre aux arbres de croître. Les Oeneis uhleri et O. alberta et les Chlosyne palla et C. gorgone peuvent être observés dans ces prairies reliques le long de la rivière de la Paix, tandis que l'Oarisma garita, l'Euchloe ausonides, le bleu mélissa (Lycaeides melissa samuelis) et le Chlosyne gorgone se rencontrent en Ontario.

LA RÉPARTITION DES PAPILLONS DIURNES ÉVOLUE

L'aire de répartition de certaines espèces de papillons évolue avec le temps. Ce sont sans doute chez les espèces étrangères que les changements les plus importants se sont produits. L'hespérie des graminées (Thymelicus lineola) qui a été introduite, à London, en Ontario, vers 1910, est devenue un ennemi important de la fléole des prés. On la retrouve en abondance aussi loin qu'en Caroline du Sud et dans certaines régions de l'Ouest, comme Victoria (Colombie-Britannique). Le piéride du chou (Pieris rapae), introduit dans la ville de Québec aux environs de 1860, s'est répandu à travers presque toute l'Amérique du Nord.

Chez nos espèces indigènes, le modèle le plus courant d'évolution, est, malheureusement, le rétrécissement des aires de répartition au fur et à mesure que les habitats propices disparaissent ou qu'ils deviennent trop étroits pour contenir les populations de papillons. De nombreuses espèces des prairies se font plus rares ou ont été rayées de la partie est de l'aire de distribution qu'elles occuppaient auparavant. Par exemple, le Neominois ridingsii et l'Hesperia uncas ont disparu du territoire du Manitoba, tout comme le Speyeria edwardsii, qui a également délaissé son ancien territoire en Saskatchewan. Le bleu mélissa (Lycaeides melissa samuelis), le lutin givré (Callophrys irus) et l'Erynnis persius persius ont tous été chassés du Canada faute d'habitats adéquats dans les quelques peuplements de lupin sauvage qui restent dans le sud de l'Ontario.

À l'opposé, des espèces comme l'Euchloe olympia et le satyre fauve (Coenonympha tullia) ont agrandi leur territoire. L'Euchloe olympia, une espèce autrefois établie principalement dans les prairies, a agrandi son aire de répartition dans l'Est du Canada dans les 30 dernières années dans les terres arides abandonnées. Le satyre fauve des Maritimes a toujours été limité en grande partie aux habitats de la zone boréale de l'Est du Canada. Toutefois, dans la dernière moitié du XXe s., son territoire s'est énormément agrandi, soit dans le sud du Canada et dans le nord-est des États-Unis.

Il est parfois difficile de déterminer si l'élargissement d'une aire de répartition est attribuable à l'expansion des aires de répartition ou si cela est le résultat d'efforts collectifs plus ciblés. L'établissement d'une douzaine de colonies de (Chlosyne gorgone) et plus dans le sud-est de l'Ontario en 1996 a probablement été rendue possible grâce à une combinaison de nouveaux efforts collectifs dans la région et à l'expansion de colonies restantes dans les terres abandonnées et les habitats le long des routes. La récente découverte d'une centaine de colonies de croissants perlés (Phyciodes tharos) dans l'Est de l'Ontario et dans l'Ouest du Québec pourrait provenir d'un phénomène semblable.

Les amateurs de papillons sont invités à observer et à signaler les exemples d'expansion de certaines aires ainsi que l'évacuation d'autres endroits.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.


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Date de modification: 2010-05-31